Nouveautés SAQ du 22 octobre : nos choix de la semaine
Un arrivage plus tranquille cette semaine, environ 240 nouveautés, mais une dizaine de Brunello di Montalcino 2021 d'un coup : les deux de Gaja, Il Marroneto, Casanova di Neri, Canalicchio di Sopra, Le Potazzine… La critique en parle déjà comme d'un millésime qui va marquer, et les bouteilles arrivent toutes en même temps. On en a gardé un, plus un Rosso pour goûter le millésime sans casser le cochon. Ailleurs : un Margaux de vingt ans prêt à boire, un champagne de vigneron en magnum, un Tokaji du propriétaire de Vega Sicilia, la bière du Nouvel An de Dupont et un premier Beaujolais 2025.
Pour épater
Le Potazzine Brunello di Montalcino 2021 174,25 $
En toscan, les « potazzine », ce sont les mésanges, et c'est comme ça que la grand-mère appelait Viola et Sofia, les filles de Gigliola Giannetti. Le domaine porte leur surnom depuis 1993, et c'est la mère et les deux filles qui le mènent aujourd'hui. Ici, rien ne presse : levures du vignoble, aucun contrôle de température, un mois à un mois et demi de macération, puis 42 mois en grands foudres de chêne de Slavonie. Le 2021, c'est la rose séchée, la cerise noire, la fraise des bois, la réglisse, une touche de cèdre, de sauge et de fumée, avec un fil d'agrumes qui garde le tout vif. Un vin pour la cave : il tiendra quinze ou vingt ans.
Château Boyd-Cantenac Margaux 2005 260,00 $
Un troisième cru classé de 1855, et un des grands millésimes du siècle à Bordeaux, mais qui a eu vingt ans pour se faire. En 1754, Jacques Boyd, d'une famille de marchands écossais installés à Belfast, achète le domaine et lui donne son nom. Les Guillemet le mènent depuis 1932. Jeune, le 2005 était tout en chêne grillé et en tanins fermes. Aujourd'hui, il a fondu : cassis, mûre, fleurs séchées, cèdre, tabac, une note fumée et terreuse, des tanins qui se sont arrondis. C'est un vin à boire maintenant, au moment où il est le plus intéressant, et à peu près introuvable à ce stade ailleurs que dans une cave.
Bérêche et Fils Le Cran 2018, en magnum 502,00 $
Bérêche, c'est un des noms les plus courus de la Champagne de vignerons, et une maison qu'on voit rarement passer ici. Le Cran vient des parcelles les plus hautes de Ludes, en premier cru de la Montagne de Reims : moitié chardonnay, moitié pinot noir, de vignes d'une cinquantaine d'années plantées par le grand-père. Raphaël et Vincent Bérêche le fermentent avec les levures du vignoble, en fûts de chêne, bloquent la malo pour garder la tension, et font la deuxième fermentation sous bouchon de liège plutôt que sous capsule. Il passe ensuite six ou sept ans sur lies. Poire, pêche, pomme rouge, une pointe d'orange sanguine, de la brioche, puis une bouche crayeuse, serrée, et une longue finale saline. Extra brut, à peine dosé. Et en magnum, il vieillit encore plus lentement : c'est le format à mettre en cave.
Tokaji Oremus Aszú 5 Puttonyos 2019 136,50 $
Quand la famille Álvarez, propriétaire de Vega Sicilia, a voulu faire un grand vin liquoreux, elle est allée en Hongrie. En 1993, elle achète des vignes à Tokaj et les rebaptise Oremus, le vignoble d'où serait sorti le tout premier aszú, au 17e siècle. L'aszú, ce sont des raisins touchés par la pourriture noble, cueillis grain par grain, puis ajoutés à un vin de base. Les « puttonyos », c'étaient les hottes de raisins aszú qu'on versait dans le fût : plus il y en a, plus c'est riche. Celui-ci passe deux ans en fûts neufs de chêne hongrois. Citron confit, ananas au miel, abricot, écorce d'orange, et une acidité qui empêche le sucre de devenir lourd. En demi-bouteille, et ça se garde des décennies.
Valeurs sûres
Cortonesi Rosso di Montalcino La Mannella 2024 32,25 $
Pour goûter Montalcino sans attendre dix ans ni payer 175 $. Le Rosso, c'est le même sangiovese que le Brunello, des mêmes vignes, mais qui sort après un an au lieu de cinq. Chez Cortonesi, ça commence dans les années 1970, quand le grand-père de Tommaso achète La Mannella, juste au nord du village. La famille vend son raisin jusqu'en 1985, puis se met à embouteiller. D'une année à l'autre, ce Rosso, c'est la cerise rouge et la cerise noire, la prune, un peu de poivre et de tabac, des herbes sèches, et des tanins souples. Six mois en barrique, juste assez pour arrondir. À ouvrir à côté du Brunello de la semaine, pour voir ce que trois ans de plus changent.
Isole e Olena Chianti Classico 2023 50,00 $
Pendant près de cinquante ans, Isole e Olena, c'était Paolo De Marchi. Il a pris le domaine familial en main dans les années 1970 et en a fait une des références du Chianti Classico, avec le Cepparello, un des premiers grands rouges de 100 % sangiovese de Toscane. En 2022, il vend au groupe EPI, le même qui possède Biondi Santi à Montalcino, et 2023 est l'année où il passe la main pour retourner chez lui, au Piémont. Ce 2023, c'est 90 % sangiovese et 10 % canaiolo : mûre, cerise, orange sanguine, une touche de cacao et de sous-bois, une bouche juteuse et des tanins bien polis. Le Chianti Classico de tous les jours d'une maison qui joue dans la cour des grands.
Domaine Courbis Cornas Les Eygats 2023 85,25 $
Cornas, c'est la syrah dans ce qu'elle a de plus sauvage : des terrasses de granit à pic au-dessus du Rhône, où tout se fait à la main. Les Eygats, c'est la parcelle la plus haute des frères Laurent et Dominique Courbis, à 250 mètres, face à l'est. 1,2 hectare, à peine 5 000 bouteilles par année. Le raisin est entièrement égrappé, et le vin passe 18 mois en barriques neuves. D'un millésime à l'autre, c'est le Cornas le plus classique du domaine : mûre, fruits noirs, poivre, cuir, une note de fer et de pierre, dans une bouche charnue qui se tient droite. Ça se boit dans sa jeunesse avec un bon passage en carafe, mais ça se garde dix ans et plus.
Envínate Benje 2024 35,50 $
Quatre amis rencontrés sur les bancs d'école d'œnologie, à Alicante, qui ont décidé de faire du vin là où personne ne regardait : la Ribeira Sacra, Almansa, Murcie et les îles Canaries. Benje, c'est sur Tenerife, au-dessus des nuages, sur le flanc ouest du volcan Teide, à environ 1 000 mètres, dans des sables couverts par les cendres de l'éruption de 1909. Des vieilles vignes de 70 à 120 ans, de listán prieto et de tintilla, vendangées à la main, en grappes entières, avec les levures du vignoble, puis embouteillées sans collage, sans filtration et sans sulfites ajoutés. Fraise, cerise, violette, une note minérale de volcan, et une bouche légère et vive, à 12,5 %. Un rouge qui ne ressemble à rien d'autre sur la tablette.
Ça se boit tout seul
Dupont Avec les Bons Vœux 7,60 $
Au départ, ce n'était même pas à vendre. Depuis 1970, la brasserie Dupont, en Wallonie, brassait chaque hiver une bière spéciale pour l'offrir à ses meilleurs clients au jour de l'An, avec ses bons vœux. C'est devenu sa saisonnière d'hiver, mais elle reste rare. C'est la Saison Dupont, la référence des saisons belges, en plus forte : 9,5 %, dorée et trouble, du miel, du poivre, une pointe d'agrumes et d'épices, et une finale sèche qui cache bien l'alcool. En petite bouteille de 375 ml, à servir à peine frais, dans un verre à pied.
Catherine et Pierre Breton Épaulé Jeté 36,00 $
Un de nos coups de cœur, tout simplement. Catherine et Pierre Breton, c'est un des couples qui ont lancé le vin nature en Loire, en biodynamie depuis des décennies. L'Épaulé Jeté, c'est leur bulle de Vouvray : du chenin, fait comme en Champagne, avec la deuxième fermentation en bouteille, sans malo, et à peine dosé (moins de 1,2 gramme de sucre par litre). Ça donne une bulle sèche, légère et vive : pomme verte, poire, fleurs blanches, une note minérale et un peu de pain grillé. Le genre de bouteille qu'on ouvre un mardi soir sans raison, et qui disparaît trop vite.
Alex Foillard Beaujolais-Villages 2025 34,00 $
Son père, Jean Foillard, fait partie de la « bande des quatre » qui a lancé le Beaujolais nature dans les années 1980, avec Marcel Lapierre. Alex a fait son premier vin en 2016, à 24 ans, sur deux hectares et demi de vieux gamay. Bio, macération carbonique, levures du vignoble, ni collage ni filtration : la recette de la famille. Le 2025, c'est un petit millésime, la plus petite récolte du Beaujolais depuis 2012 après les canicules et la sécheresse, mais un des meilleurs depuis des années. Cerise, framboise, fleurs, une bouche juteuse et légère, des tanins à peine là. À servir un peu frais, et ça part vite.
Lucano 1894 Vermouth del Cavaliere 26,10 $
La semaine passée, c'était l'amaro. Cette fois, la maison de Pisticci, en Basilicate, envoie son vermouth, relancé d'après une recette de la famille Vena qui date de la fin du 19e siècle. La base, c'est du vin rouge de barbera, infusé d'herbes et d'épices, avec l'absinthe (la plante) qui mène. Il est plus amer que la plupart des vermouths rouges, et c'est ce qui le rend bon : le sucre ne prend jamais le dessus, et la finale s'étire longtemps. 18 %. Sur glace avec un zeste d'orange, ou dans un negroni.